Réussir aujourd’hui
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| Anciens de l'ENA (06-2009) |
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De l’égalité réelle des chances et de la diversitéPar Pierre Dasté
L’Ena hors les murs a, à plusieurs reprises, parlé de Réussir aujourd’hui. Elle a toutes les raisons de l’inviter dans ce numéro, précisément consacré à la diversité et à ce qui est la raison d’agir de l’association depuis sa création par notre camarade Jean-Claude Barrois. Expériences et témoignages. C’est la formule adoptée par le président de la République dans son discours de l’école Polytechnique du 17 décembre 2008. C’est l’idée contenue dans l’article 2 des statuts de l’association Réussir aujourd’hui créée en 2004, qui « a pour objet d’aider les adolescents et des jeunes adultes issus de milieux défavorisés à accéder à des cycles d’études supérieures en rapport avec leurs capacités, dans le respect des principes généraux de d’élitisme républicain ». Ce concept d’élitisme républicain proclamé par Nicolas Sarkozy figurait dès 1984 dans le vocabulaire ministériel de Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Education nationale. Cette revue a, à plusieurs reprises, parlé de Réussir aujourd’hui. Elle a toutes les raisons de l’inviter dans ce numéro, précisément consacré à la diversité et à ce qui est la raison d’agir de l’association depuis sa création par notre camarade Jean-Claude Barrois. Pour ma part avec d’autres, depuis quatre ans, je consacre du temps à des élèves des classes de première et terminales du lycée Alfred Nobel de Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis. En quoi consiste cette activité ? En quoi est-elle utile ? Je répondrai d’abord à cette question grâce à la réunion des anciens élèves de Réussir aujourd’hui que nous avons organisée le 27 février dernier. Elle a rassemblé près de 60 % des anciens élèves devenus étudiants, que nous avons entraînés dans l’aventure depuis bientôt cinq ans. Le but de ce rassemblement était d’éveiller des solidarités entre eux et entre eux et nous. Ce dernier point peut surprendre : nous ne nous attendions pas en commençant que les élèves manifesteraient, devenus étudiants, certains d’entre eux au moins, le besoin d’un suivi aussi bien sur le plan matériel qu’intellectuel, voire affectif ! Il me semble que cette « fête » du 27 février démontre cette utilité comme les résultats obtenus dans les filières choisies. Sur ce point je laisse la parole à quelques témoins bénéficiaires de l’action de RA. Ce sont Mohand Bencherif, Demet San et Nouha Zahiri Hassan qui ont répondu à ma demande.
Une contribution à la lutte pour l’égalité réelle des chancesQuant à notre activité, elle est bien sûr multiforme, si on peut au fond résumer ses objectifs en une formule : communiquer aux élèves les codes culturels, sociaux, comportementaux qui leur font défaut pour avoir des chances sérieuses d’atteindre les objectifs ambitieux que nous leur fixons. Pour cela nous utilisons les procédés bien connus de l’enseignement supérieur. Exposés, résumés, comptes rendus de lecture rivalisent en quelque sorte avec des exercices d’expression orale au cours de libre discussions sur des sujets d’actualité. Ce point est important pour leur apprendre à être attentifs à l’opinion des autres et à ne jamais admettre passivement une vérité qui s’imposerait. L’esprit critique est salutaire. Il est même indispensable. Visites et voyages pédagogiques ont pour objectif d’illustrer auprès de nos élèves la complexité et la variété du monde moderne, sous ses aspects économiques, sociaux et culturels. Un bon exemple a été donné dans cette revue par le récit d’un voyage en Alsace. L’article « Réussir aujourd’hui à l’Ecole nationale d’administration » a été publié dans le numéro de juin 2008 de l’Ena hors les murs. Ce panorama sera complet avec les séjours linguistiques de trois semaines destinés aux élèves de première et les stages dits « écuries d’été » destinés, eux, aux bacheliers, au mois d’août, avant le grand saut, par exemple, en classe préparatoire ou à Sciences Po et plus généralement dans les études supérieures sélectives, médecine par exemple. En 2008, 54% des élèves suivaient des études supérieures sélectives. Les moyens déployés par Réussir aujourd’hui sont, dans le domaine financier, issus des politiques publiques ou de dons privés. Les hommes et les femmes dont l’association a besoin sont des bénévoles, cadres supérieurs de la fonction publique ou du secteur privé, en activité ou retraités, tous diplômés de l’enseignement supérieur. Ils ont choisi d’apporter une contribution personnelle à la lutte contre l’exclusion et la discrimination de fait et pour l’égalité réelle des chances.
TEMOIGNAGESUn apport crucialPar Demet San
En octobre 2004, tout juste un an avant les émeutes qui ont fait connaître au monde entier ma ville de Clichy-sous-Bois, j’ai commencé à participer aux activités de Réussir aujourd’hui. Après ce moment tragique, Clichy-sous-Bois connut une véritable effervescence et une multiplication des plans d’actions pour SON intégration au sein du modèle républicain. Mais Réussir aujourd’hui avait senti bien avant le malaise ambiant qui régnait à Clichy et dans d’autres communes, et s’est énormément investie dans notre réussite. Ces efforts ont eu un impact considérable sur ma scolarité. Nous avons été quelques élèves en classe de première au lycée Alfred Nobel à avoir été convoqués par nos professeurs, qui nous ont expliqués l’objet de Réussir aujourd’hui : préparer des étudiants issus de milieux défavorisés à réussir le concours d’entrée à Sciences Po et à d’autres filières d’excellence. Aussi étonnant que cela puisse paraître, je n’avais aucune idée de ce qu’était Science Po. Je me destinais simplement à un cursus en deux ans après le bac, formation me semblait à l’époque largement ambitieuse. Chaque mercredi après-midi, avec la présence d’un « tuteur » qui nous accompagnait tout au long de la classe de première et de terminale, nous étions amenés à travailler et sur des sujets en lien avec l’activité politique, la culture générale pour aller au-delà du baccalauréat. Les exposés, des exercices de synthèses et les activités de cultures générales, peu enseignés dans un lycée défavorisé, mais très utiles en ce qui concerne les concours d’entrée aux grandes écoles, faisaient partie de nos exercices hebdomadaires. Cette ouverture sur les choix qui s’offrait à moi a été un apport crucial de la part de Réussir aujourd’hui au niveau de la méthode et des conseils pédagogiques qui m’ont été donnés. Au lycée Alfred Nobel l’objectif était d’avoir le bac, peu importait la mention, et, en conséquence, de nous orienter vers des cursus non sélectif. Par ailleurs, Clichy-sous-Bois, pourtant proche de Paris, semble faire partie d’un autre monde et cet isolement n’était pas sans conséquence sur nos ambitions. Réussi Aujourd’hui m’a permis de participer à des activités culturelles évidentes pour certains, mais certainement pas pour moi à cette époque, comme des concerts de musique classique, des pièces de théâtre, et même un séjour d’étude en Irlande pendant trois semaines. À l’occasion de ce séjour en Irlande, j’ai, pour la première fois, pu sortir de ma « bulle » et avoir l’opportunité d’améliorer mon niveau en langue. À présent, dans le cadre de ma scolarité à Sciences Po, j’effectue ma troisième année à l’université de Saint Andrews en Ecosse et j’envisage à moyen Terme d’entrer dans la haute fonction publique, à l’issue de mon master en affaires publiques. Mes liens avec l’association sont toujours aussi étroits, et je suis ravie qu’elle continue à m’apporter son soutien pour ma réussite.
Une vraie ouverturePar Mohand Bencherif
J’ai eu la chance d’être recruté par l’équipe fondatrice de Réussir aujourd’hui en 2004, alors que je venais d’entrer en Première S. J’ai ainsi pu faire parti de cette formidable expérimentation. Le message défendu par les fondateurs de cette association était : « l’ascenseur social est en panne, il faut faire quelque chose pour y remédier ». À cette époque, je ne pouvais pas comprendre le sens et l’importance de ce message. En effet, j’étais seulement un jeune lycéen prometteur d’un lycée de Zep. Or, le sens que l’on peut donner à cette expression varie que l’on soit à Maurice Utrillo, à Stains, ou à Henri IV, à Paris. Toute la mission de Réussir aujourd’hui a donc été de me faire prendre conscience des chances et des opportunités qui pouvaient s’offrir à moi après l’obtention du bac. On peut dire à ce niveau-là que la mission a été pleinement remplie car j’ai pu intégrer sans complexes une classe préparatoire, ce qui me permet aujourd’hui d’être dans l’une des meilleures écoles de commerce de françaises. Ce que je constate aujourd’hui, avec suffisamment de recul, c’est que l’action de Réussir aujourd’hui a souvent pu paraître insignifiante pour certains professeurs ou certains élèves, mais c’est bien après le bac que l'aventure commence, notamment lorsqu’on décide de passer les frontières de la banlieue qui nous éloignent des voies les plus prestigieuses. Depuis cinq ans, le débat s’est amplifié autour de l’égalité des chances, notamment depuis les actes de vandalisme qui ont eu lieu en banlieue parisienne. Il aura donc fallu plusieurs centaines de voitures brûlées pour qu’on commence à en parler. Les membres de Réussir aujourd’hui n’ont pas attendu qu’on en soit arrivé à ces extrémités pour commencer à agir. Et aujourd’hui, grâce à ce genre de comportement visionnaire, on assiste à une vraie ouverture des cursus les plus prestigieux, comme la gratuité de Hec pour les étudiants boursiers ou l’ouverture de l’Ena aux étudiants ayant suivi leur cursus en Zep. C’est encourageant, et pour leur action, et pour tous les talents qui sommeillent encore sur les bancs des écoles de banlieue.
Une expérience humainePar Nouha Zahiri Hassani
Au départ réticente à l’idée d’en faire partie car encore ignorante du but réel de cette association, je peux affirmer maintenant que Réussir aujourd’hui, et plus particulièrement ses intervenants, Mme Miller et M. Dasté, m’ont beaucoup apporté sur le plan à la fois intellectuel, social et humain. En effet, dès la mise en place de cette association au sein du lycée Alfred Nobel, Je m’interrogeais sur la possibilité que cette association puisse apporter quelque chose de plus à mon développement personnel et intellectuel et que l’école ne pouvait apporter. Est-ce une association de soutien scolaire pour « intellos du ghetto » ? Auquel cas elle affirmerait de façon déplacée que l’on était moins bons que les « autres » et qu’on avait besoin d’une remise à niveau ou pire d’un espèce de « formatage cerveau » pour servir de modèle d’assimilation réussie aux futures générations. En y entrant, je me suis rendu compte que cette association n’avait rien avoir avec tout cela. D’abord, elle a effectivement contribué à mon enrichissement personnel et intellectuel. Elle m’a permis de découvrir et d’apprendre un certain nombre de choses au sujet de l’actualité politique, de la culture et de l’histoire en général que l’école n’enseigne pas forcément. Cette association a pour but de traiter de différents thèmes et matières qui ne sont pas enseignés dans tous les cursus scolaires ou qui ne sont pas du tout enseignés (l’économie qui n’est pas enseignée en S, le système judiciaire ou les enjeux politiques par exemple qui ne sont pas enseignés du tout) mais qui sont indispensables pour pouvoir entamer des études supérieures de façon « normale » et d’être au même plan que d’autres élèves favorisés et qui disposent déjà de l’accès à ce savoir. La méthode qu’elle a adoptée est d’autant plus efficiente qu’elle tente d’inculquer le savoir à travers différents supports pédagogiques (sorties, séjours linguistiques, Internet, vidéos…) et dont l’école n’est pas toujours dotée. Ensuite, cet apprentissage est libre de toute contrainte de programme, d’examen ou encore de hiérarchie et est basé sur le volontariat. De ce fait, le savoir est abordé de façon différente et surtout de façon bien plus agréable, tant pour les intervenants que pour les « élèves ». Cette association m’a également permis d’élargir mes ambitions, d’éclaircir mon choix d’orientation scolaire et d’amener un soutien qui est indispensable à un moment crucial de la scolarité. Enfin et surtout, la particularité de cette association est son caractère humain ; elle favorise une relation avec l’intervenant qui est différente et bien plus enrichissante que celle entretenue avec un professeur classique, ce qui a permis une compréhension, voire une complicité entre intervenants et élèves et qui d’autant plus favorisé le goût et la transmission du savoir. |
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