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Dépêche AFP (27/07/2011)

De la cité à la prépa: trois semaines de stage pour combler le fossé
Par Julie CHABANAS - PALAISEAU (Essonne), 27 juil 2011 (AFP)

Debout à 06H30 pour aller à Polytechnique et travail jusqu'à minuit : en ce mois de juillet, Nour, 18 ans, est l'un des 41 bacheliers de quartiers défavorisés choisis pour un stage les préparant au rythme éprouvant des études de prestige auxquelles ils se destinent.
Sélectionnée par l'Association Réussir Aujourd'hui, cette jolie brune originaire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), qui se destine au journalisme, doit intégrer une hypokhâgne à la rentrée. Elle a choisi de sacrifier trois semaines de vacances parce qu'après la "curiosité énorme" qui a suivi son admission, est apparue une "boule de peur", dit-elle.


C'est la quatrième année que Réussir Aujourd'hui organise ces Ecuries d'Eté, qui ont pour but "de faire en sorte que des gamins normalement doués, normalement travailleurs, mais issus de milieux populaires, aient droit à une formation, dans le cadre de ce qu'offre normalement la République à des gamins de ce profil-là", explique le président et fondateur de l'association, Jean-Claude Barrois.
Shahzad Abdul touche du doigt le rêve de journalisme caressé par Nour. Originaire de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), d'où sont parties les émeutes en 2005, il a fait partie de la première promotion de lycéens suivis par l'association, entre 2004 et 2006. A la rentrée, il intègrera l'une des meilleures écoles de journalisme.
"Pour nous, le bac était un aboutissement. Alors que pour beaucoup, dans les grands lycées parisiens, c'est un point de départ", raconte-t-il.
L'association l'a aidé à trouver un stage au quotidien La Croix, pour lequel il travaille régulièrement depuis: "Je m'appelle Abdul, j'habite Clichy-sous-Bois, ce n'était pas facile. L'association nous aide à ouvrir les portes. Ensuite, à toi de faire tes preuves", dit-il.
Le stage met l'accent sur le rythme de travail, le niveau d'approfondissement et la qualité de travail, bien plus importants qu'au lycée, et qui font échouer beaucoup d'élèves dans les premières semaines.
Nour est certaine que cela l'aidera à entamer l'année scolaire "plus confiante". "Ici, j'ai envie de rater, et de comprendre pourquoi, et comment ne pas le refaire. J'ai eu ce que j'attendais", sourit-elle.
Pendant leurs deux dernières années de lycée, ces bacheliers ont été suivis par Réussir Aujourd'hui ou une des trois associations partenaires. Chaque semaine, avec leur tuteur, ils ont développé leur culture générale, leur connaissance des codes, leur ambition... Ils ont également passé trois semaines à l'étranger.
Venus d'Ile-de-France, d'Alès (Gard) ou de Saint-Etienne, ces 26 garçons et 15 filles se dirigent vers une classe prépa littéraire, scientifique, commerciale, ou vers la fac de médecine.
Nour, elle, veut "parler du monde, bouger, écrire sur des problématiques qui nous touchent tous. Mon rêve, c'est Le Monde, Le Monde Diplomatique".